Dear Teen Me…

Il y a quelques semaines, j’ai lu ce titre en anglais, « Dear Teen Me », un recueil de lettres de divers auteurs US (masculins et féminins) adressées à leur « Teen self », soit à eux lorsqu’ils étaient adolescents.

Ce livre ne parle pas de bullying / harcèlement scolaire à proprement parler, bien sûr il y a des histoires qui s’y rapportent mais pas toutes, autant de lettres adressées à des ados en proie à des problèmes divers et variés (problèmes familiaux, homosexualité,…).

J’ai été particulièrement touchée par chacune de ces lettres et plus j’avançais dans le recueil, plus l’idée d’écrire une lettre à ma propre « teen-self » a fait son chemin.

Aujourd’hui, je reviens donc sur mon blog, un peu délaissé depuis un peu plus d’un an, pour vous partager la lettre que je me suis adressée à moi, adolescente de 16 ans.

Pour information, à ma connaissance, ce livre n’a pas été traduit.

Dear Teen Me,

Tout d’abord, j’aimerais que tu te retires de la tête cette croyance que tu entretiens depuis que tu es enfant à propos des adultes. C’est vrai que papa a toujours montré l’exemple de l’adulte qui sait ce qu’il fait, qui sait où il va et qui a réponse à tout. Mais, ne crois pas une seconde que ce soit la vérité. Même lui doute toujours et tatônne encore aujourd’hui dans sa vie ! Difficile à croire hein ? Et pourtant ! Les adultes doutent, les adultes font des erreurs, les adultes n’ont pas forcément confiance en eux et en leurs capacités, bref être adulte, c’est loin d’être ce que tu imagines. A 35 ans maintenant, je peux te dire que l’âge adulte, c’est finalement une gigantesque cour de récré où tu retrouves les mêmes “clans” que dans celle que tu fréquentes actuellement. Il y a les populaires qui se croient tout permis, en ce compris d’écraser les autres pour arriver à leur fins, ceux qui ne disent / ne font rien mais qui sont témoins des injustices qui se passent sous leur nez et il y a toujours les victimes du comportement ou jugement des autres, pour la simple et bonne raison qu’ils ont décidé de ne pas se fondre dans le moule que la société a créé pour eux, parce qu’ils ont décidé d’être différent tout simplement.

Je ne dis pas cela pour te décourager. Je sais à quel point tu attends avec impatience le dernier jour que tu auras à passer dans cette école qui représente pour toi un enfer quotidien. Les autres ne sont pas tendres avec toi depuis le premier jour où tu y es arrivée, une école dans laquelle tu vas passer tes six années d’humanités. Je sais tout cela, je suis passée par là, je te rappelle. Mais la bonne nouvelle, c’est que tu vas t’en sortir. Oh, je préfère te dire tout de suite qu’un long chemin t’attend et que tu vas devoir traverser de nombreux obstacles et difficultés mais au final, tu auras enfin ce petit déclic qui te permettra d’amorcer une remontée fulgurante vers une nouvelle vie dans laquelle tu comprendras que la réussite de ta vie n’est pas un état de joie et de bonheur permanent mais surtout de savoir affronter les difficultés que la vie t’envoie – assez régulièrement – en ayant la capacité de te relever à chaque fois, de devenir plus forte pour affronter la difficulté suivante. Tu vois, ce qu’il faut juste comprendre, c’est que le bonheur se trouve dans des petits moments, des petits instants à chérir, à conserver précieusement comme des trésors et surtout de profiter de l’instant présent.

Or, profiter de l’instant présent, on ne peut pas dire que tu excelles danc ce domaine. Et j’avoue, j’ai encore du mal aussi à m’y tenir. C’est fatigant, n’est-ce pas, d’essayer d’anticiper à tout bout de champ ce que vont faire / dire les autres afin d’être préparée à tout scénario possible. C’est fatigant de se projeter en permanence dans le futur en espérant qu’il soit meilleur que ce que nous avons aujourd’hui. Or, si tu réfléchis vraiment à ton parcours, si tu regardes autour de toi, tu te rendras compte que ce que tu as est déjà pas si mal en soi. Tu as la chance d’avoir une famille qui t’aime, des parents dévoués, une petite soeur qui est fière de toi et avec qui tu entretiens une relation plus que fusionnelle (et c’est toujours le cas aujourd’hui, Audrey est et sera toujours ta meilleure amie et ton “âme-soeur”), un toit sur la tête et tu ne manques de rien. Et en plus de cela, tu réussis plutôt bien à l’école, ce qui te permet d’envisager de belles études et donc un bon travail à venir !

Bien que cela ne soit pas facile à l’école, tu as néanmoins des amis qui sont là pour te soutenir, même s’ils ne se rendent pas compte de la souffrance que tu accumules en toi depuis le premier jour, à force d’insultes, de jugements sur ton physique, sur les vêtements que tu portes (tu sais que porter un pull ou T-shirt Mickey n’est toléré que s’il est griffé Donaldson, voyons !), à force d’être traitée comme une moins que rien. Tu fais la forte, tu ne dis à personne à quel point tu souffres, tu as même honte d’être toi-même, te sentant responsable de ce que te font subir les autres.

Mais sache que tu te fourvoies en pensant qu’il te suffit juste d’attendre que ta dernière année se termine, que tu ailles à l’université pour laisser tout cela derrière toi. J’aurais aimé te dire que tu as pris la bonne décision en ne disant rien à nos parents, de taire ta souffrance et de vivre avec cette petite voix dans ta tête qui te dit qu’ils ont raison, que tu es moche, grosse et que tu ne sers à rien. J’aurais aimé te dire qu’attendre de quitter cette école était la bonne solution et que tu vas ensuite mener une vie tranquille en laissant derrière toi ce passé douloureux.

Malheureusement, ma chérie, les choses ne se passent pas comme ça, en tout cas pas dans notre petite tête. Tu vas continuer à grandir, à mûrir (ah ce grand reproche que te faisaient certains professeurs, “quand vas-tu avoir un peu plus de maturité ?”) avec cette voix dans ta tête qui ne fera que te rabaisser, te dire que tu n’es pas capable de faire ceci ou cela, te rendre parano au cours des vingt prochaines années. Il va me falloir du temps pour comprendre que si je ne suis pas heureuse dans ma vie d’adulte, c’est sans doute parce que tu n’as pas réglé tes problèmes d’ado. Et c’est pour cela que je suis là aujourd’hui à t’écrire cette lettre. Car tu vois, bien que vingt ans nous sépare, même si cela te semble énorme cette différence d’âge entre toi et moi, aujourd’hui tu vis toujours en moi, toi l’ado de 15 – 16 ans et je ressens énormément de colère de ta part, mais aussi de l’angoisse, de la peur qui m’empêchent parfois souvent d’avancer dans ma vie d’adulte.

Oh, non, ne crois pas que je suis là pour te faire un quelconque reproche. J’ai juste envie aujourd’hui que tu retrouves la paix et que l’on puisse vivre toutes les deux en harmonie sans ressasser toujours les mêmes histoires, avec les mêmes personnes du passé (enfin, de ton présent à toi, tu me comprends !). Je sais que tu éprouves beaucoup de colère vis-à-vis de tes “harceleurs”. Oui, on les appelle comme cela aujourd’hui. Ce que tu subis porte même un nom, il s’agit du “harcèlement scolaire” et tu seras triste d’apprendre que non seulement tu n’es pas la seule à le subir au quotidien, mais qu’il a pris une telle ampleur aujourd’hui avec les nouvelles technologies que certains adolescents de ton âge se suicident pour mettre fin à la souffrance physique et surtout morale qui leur est infligée chaque jour par leurs camarades de classe. J’aimerais aussi pouvoir te dire que ce problème est pris au sérieux (oui, ça commence depuis quelques années à devenir un vrai fléau dans notre société mais on en est encore qu’au début…) et que des mesures sont prises au sein des écoles pour prévenir et sanctionner les responsables, ces “harceleurs”. Et même si cela est vrai dans certaines écoles, malheureusement beaucoup d’autres font encore l’autruche en refusant de voir ce qui se passe dans leur établissement et de facto, les harceleurs restent encore très souvent impunis pour leur comportement.

Aujourd’hui, j’ai appris à mettre ma colère envers nos harceleurs de côté car finalement, je me suis rendue compte qu’en n’ayant cette colère, cette rage au fond de moi, c’était à moi que je continuais à faire du mal et que je m’empêchais de vivre ma vie. Tu sais, la meilleure réponse que l’on puisse donner aux imbéciles, c’est l’indifférence. Et j’aimerais tellement que tu intégres déjà cela du haut de tes 16 ans, tu verrais à quel point on vit mieux si on se moque du regard, du jugement que peuvent poser sur soi des gens lambdas. Au final, ce qui compte, c’est ce que pensent les gens qui t’aiment (ta famille, tes amis) et surtout ce que tu penses de toi. Et ma chérie, sache à quel point tu es quelqu’un de bien. Evidemment tu commets des erreurs, tu as aussi eu ton petit côté “harceleur” (ou tu vas l’avoir en tout cas en rétho lors de ton voyage aux USA avec l’une de tes camarades que tu as trop vite jugée) et il t’arrive souvent de tendre la perche à tes harceleurs, comme s’ils n’avaient pas déjà assez de munitions à ton égard. Mais le fait que tu aimes Disney (spoiler alert : je suis toujours fan à 35 ans, et c’est encore pire qu’à ton âge), que tu sois amoureuse de Leonardo Dicaprio ou que tu regardes Hélène et les Garçons, ces choses ne font pas de toi une mauvaise personne. Le fait que tu n’aimes pas traîner dans les rues, dans les cafés ne fait pas non plus de toi quelqu’un de non fréquentable. Tu n’as juste pas les mêmes centres d’intérêt que les autres. Et alors ? Big news, c’est toujours le cas aujourd’hui et tu t’en fiches complètement ! Tu t’inquiètes pour les gens que tu aimes, tu culpabilises dès que tu sais avoir dit / fait quelque chose de blessant et tu t’excuses immédiatement, penses-tu que tout le monde ait cette capacité d’en faire autant et de se remettre en question quand c’est nécessaire ? Sache que sur toute cette bande de “harceleurs”, un seul va s’excuser vraiment et t’expliquer pourquoi il s’est comporté avec toi de cette manière. Ces messages échangés m’ont fait un bien fou et ont été le début pour moi de la découverte d’une chose fondamentale qui était pourtant sous notre nez depuis le début : tout ce que tu subis dans cette école N’EST PAS TA FAUTE !

Bon, je pense que je vais en rester là car une chose n’a pas changé en 20 ans, je suis toujours aussi pipelette qu’avant ! Avant de refermer cette lettre, je voulais te donner un petit aperçu de ton futur, quelques petites notes positives qui, j’en suis sûre, te donneront la force de continuer à te battre chaque jour face aux méchancetés auxquelles tu dois faire face :

– Tu as trouvé un chéri qui t’aime plus que tout (et surtout qui supporte ton sale caractère !) et que tu aimes profondément aussi de ton côté.

– Tu as adopté un petit chien comme tu en as toujours rêvé : il s’appelle Jack et ce petit spitz est l’être que tu aimes le plus au monde ;

– Tu n’as pas d’enfant et n’en veut pas, mais ne sois pas triste, même si au début le fait de savoir qu’avoir des enfants ne t’était pas destiné en raison de problèmes médicaux, tu finis par l’accepter et comprendre que ne pas en avoir est aussi un cadeau, une liberté qui te permet de vivre autrement ta vie !

– Tu es allée à DisneyWorld en Floride… Oui, tu vas réaliser un de tes plus grands rêves. Maintenant, tu rêves d’y retourner pour faire découvrir à ton chéri pourquoi tu es tellement fan de l’univers créé par Walt Disney (non, il ne comprend pas toujours !)

– Tu as brillamment réussi tes études et tu as trouvé du travail directement dans la branche que tu souhaitais. Bien que là aussi, tu as eu beaucoup de difficultés à t’intégrer dans ce nouvel environnement (encore une nouvelle cour de récré à dompter) et que tu doutes constamment sur ton choix professionnel, tu t’es aussi rendu compte au prix d’une grande dépression (qui fut au final une bénédiction) que tu aimes aider les gens et que tu es fière de toi quand tu as le sentiment du travail bien accompli ;

– Tu as créé un blog pour parler de tes lectures ! Je pense qu’à ton âge, tu ne vas pas me croire, mais oui, nous allons devenir une grande lectrice ! Puis, tu as eu envie de parler de tes lectures en vidéos sur une plate-forme qui s’appelle YouTube. Montrer ton visage sur Internet n’a pas été facile au début car tu avais peur du regard des autres sur ton physique (encore une fois) mais tu as aussi découvert qu’il s’agissait d’un excellent moyen pour prendre confiance en soi en construisant autour de ta passion et de toi, sans même t’en rendre compte, une communauté de gens qui t’apprécient pour qui tu es et pour lesquels tes avis sur tes lectures ont une grande valeur. Ton estime de toi n’en sera que renforcée, mais attention de ne pas tomber dans le piège de la “popularité” et de penser que cette reconnaissance est une fin en soi. La reconnaissance, tu la dois à ton travail et non à l’image, même positive, que les gens te renvoient.

Voilà ma chérie, sois forte et garde en tête que tu l’es bien plus que tu ne le crois. Même si de nombreuses difficultés nous séparent, je t’avoue que je ne changerai rien de mon passé de peur de voir se transformer mon présent que j’ai appris à aimer et à chérir. Un long travail sur toi t’attend, mais au moment opportun, tu sauras te faire aider et surtout puiser dans cette force inépuisable en toi pour te relever encore et toujours. Tu est une battante et nous le serons toujours, toi et moi.

Courage ma chérie.

Toi, la nana de 35 ans qui pense toujours qu’elle en a 20 dans sa tête 😉

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14 juillet 2017 20:17