Entre Chiens et Loups (tome 1)

Titre VF : Entre chiens et loups (tome 1)

Titre VO : Noughts and Crosses

Auteur : Malorie Blackman (UK)
Traduction de Amélie Sarn

Publié aux Editions Milan, dans la collection Macadam
Date de publication : 02 septembre 2005

Genre : Jeunesse, Dystopie

Pages : 397

Prix : 11,88 €
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Note


Quatrième de couverture


Imaginez un monde. Un monde où tout est noir ou blanc.
Où ce qui est noir est riche, puissant et dominant.
Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé.
Un monde où les communautés s’affrontent à coups de lois racistes et de bombes.
C’est le monde où Callum et Sephy n’ont pas le droit de s’aimer.
Car elle est noire et fille de ministre.
Et lui blanc et fils d’un rebelle clandestin.

Mon avis

Nouveau rendez-vous de nos lectures « imposées » à ma petite soeur, iwry et moi-même. Je vous rappelle l’idée : chaque mois, je propose à ma soeur 3 livres que j’ai envie qu’elle lise et elle en choisit un et réciproquement. Pour le mois de mars (oui, oui, on est en retard ^^), dans son choix pour moi (j’ai déjà oublié les deux autres livres proposés), il y avait « Entre Chiens et Loups » et comme ce fut un coup de coeur pour elle, eh bien j’ai décidé de tenter le coup… Et j’ai bien fait !

Callum et Sephy se connaissent depuis qu’ils sont gosses. Pour eux, qu’importe que leur couleur de peau soit différente, rien ne pourra venir entacher leur amitié. 
Une fois adolescents, les choses vont changer, surtout quand les sentiments de l’un et de l’autre vont se transformer. De l’amitié, on passe doucement à l’amour sans pour autant oser le dire. L’amour entre Callum et Sephy triomphera-t-il malgré les préjugés, le racisme exacerbé qui caractérise leur monde ?

A. L’intrigue

Voilà un roman que je n’attendais pas du tout ! Ma soeur m’avait certes prévenu qu’elle avait adoré et que ce premier tome fut un coup de coeur pour elle, mais je ne m’attendais pas du tout à me prendre cette claque, cette leçon de tolérance, ce message pour un monde sans injustice, cette ôde à l’égalité entre ses pages.

Pour tout vous dire, je trouve que la couverture n’invite pas du tout à cela, n’est pas forcément des plus jolies et sans les conseils de ma soeur, je pense que je n’aurais jamais été tentée de l’ouvrir ! Mais visiblement, l’éditeur s’en est rendu compte vu que le roman a été réédité dernièrement avec une couverture plus appropriée (reprise ci-contre).

L’histoire se concentre donc sur Callum et Sephy et s’étale sur plusieurs années de leur vie. Au début, nous découvrons deux enfants qui s’apprécient et jouent en toute innocence ensemble pour les voir grandir et adapter leur mentalité au monde raciste qu’est le leur. 

Leur histoire est avant tout l’histoire d’un amour interdit par seulement une couleur de peau…  Et c’est à travers leurs yeux de gosse que l’on va découvrir toute l’horreur, l’injustice, l’ « imbécilité » des hommes qui ne peuvent simplement pas se voir comme égaux, qui cherchent toujours à dominer ceux qui sont différents et ne peuvent simplement pas se laisser vivre sans contraindre les autres, les soumettre par des lois ridicules qui pourraient faire sourire tellement elles sont « débiles » si la situation ne trouvait pas un écho aussi fort dans notre propre monde. Et il ne faut pas remonter si loin dans le temps, juste une cinquantaine d’années, pour imaginer que ces lois stupides auraient pu être celles imposées lors de la ségrégation.

L’histoire se découpe en parties et non en chapitres où l’on suit nos deux personnages. Le roman se passe sur plusieurs années avec certaines coupures, ce n’est pas continu au niveau chronologique (on peut rester plusieurs mois sans savoir exactement ce qu’il s’est passé pour les retrouver avec un an ou deux de plus). Chaque partie correspond à une nouvelle étape dans la vie de Callum et Sephy.

Bien que leur histoire soit le point central par lequel nous découvrons le monde dystopique de Mallorie Blackman, d’autres histoires viennent s’ajouter au roman où nous découvrons l’environnement de chacun des deux personnages, leur quotidien quand ils ne sont pas l’un avec l’autre… Et là aussi, on constate que tout n’est pas rose, qu’ils mènent chacun leur combat, en plus d’essayer de faire accepter leur amour, sinon leur amitié, à leurs proches. 

J’ai tout aimé dans ce roman. Mallorie Blackman nous parle avec tellement de réalisme et des propos très piquants, très durs sur le racisme et tout ce que cela entraîne autour… Si elle a eu l’idée très originale d’inverser l’intolérance en faisant des « Blancs » (ou Nihils / Néants) tout puissants lors de la ségrégation les opprimés de son monde dirigé par les « Noirs » (ou Primats), elle montre également que les opprimés « Blancs » ne font non plus aucun effort pour aller vers plus de tolérance en refusant tout geste amical des Primats qui rejettent le système et appellent à plus d’égalité. Si les lois des Primats semblent ridicules, pathétiquement injustes, on constate cependant que du côté des « Nihils », on ne fait rien pour apaiser la situation, en appelant toujours plus à la haine. 

Les Blancs, aveuglés par la haine qu’engendre les mesures  prises par les Primats, montrent exactement l’image que les Primats ont d’eux et justifient donc les mesures prises. C’est une escalade de la haine, de l’incompréhension mutuelle qui ne s’arrête pas, ni d’un côté ni de l’autre…

En ce qui concerne la fin du roman, là je tire mon chapeau à l’auteur. Oser offrir une telle fin aussi dure dans un roman où le lecteur voit son espoir d’une évolution au sein des mentalités fondre comme neige au soleil, il faut vraiment avoir du culot… Mais  cette histoire méritait-elle une autre fin que celle proposée par l’auteur tout à la fois horrible, complètement injuste et qui vous arrache des larmes de crocodile ? La force du message envoyé par l’auteur tout au long du récit serait-elle aussi forte ? Je ne pense pas… C’est déchirant, ça vous retourne sur le moment, à vous faire détester l’auteur mais elle était dans la continuité du sujet amorcé et faire autrement aurait sans doute gâcher la puissance des émotions ressenties lors du récit.

B. Les personnages

Ici encore, on peut dire que c’est un sans faute de la part de l’auteur qui nous propose  deux caractères très forts qui vont, au fil des pages, envisager leur monde de manière radicalement différente, tout en essayant de préserver les sentiments qu’ils sont l’un pour l’autre.

Mon personnage préféré reste celui de Perséphone, alias Séphy parce que j’ai trouvé que c’était elle qui montrait la plus grande évolution au niveau de la maturité acquise au fur et à mesure des années.
Quand nous découvrons Sephy au début, nous voyons encore une petite fille toujours bercée par les illusions de son enfance, qui ne voit pas la réalité du monde dans lequel elle vit, reste finalement assez naïve. Pour elle, Callum est son ami et elle est ravie de savoir qu’il va venir dans sa classe sans se douter des conséquences ni de la manière dont Callum va être reçu dans une école de Primats. Pour elle, tout le monde, il est beau, il est gentil…
Et puis, plus les mois, les années vont passer, plus elle va comprendre ce qu’il en est réellement, l’injustice, l’intolérance mais elle ne désespère pas de militer pour un monde plus égalitaire où il n’y aurait plus de dominance d’une race sur une autre. Elle veut bien faire, montrer en ce qu’elle croit au monde, à Callum, aux Nihils en général mais gaffe sans comprendre pourquoi ses marques de gentillesse sont mal comprises de l’autre côté. Quoi qu’elle fasse, c’est toujours la haine qui en ressort…

Ce personnage m’a vraiment plu car peu importe ce qu’elle vit dans sa vie familiale (où l’on pourrait croire que tout est rose vu que son père est ministre et qu’elle est très riche), elle va prendre sur elle et surtout elle ne va pas lâcher ses idées, les valeurs en lesquelles elle croit et ce jusqu’au bout. Peu importe le rejet de sa famille ou de Callum à certains moments, le chantage, les menaces ou les « trahisons », elle croit en l’amitié qu’elle a noué avec Callum petite, en cet amour naissant que l’on essaie d’étouffer et se battra pour cela jusqu’au bout. Cette jeune fille pleine d’idéalisme, de courage, de volonté m’a vraiment bouleversée… 

Callum, de son côté, prend plus rapidement conscience de ce qu’est le monde et de la place qu’il y occupe par rapport à Séphy. Bien qu’il aime la jeune fille de tout son coeur, il va se détacher d’elle pour éviter de la faire souffrir mais aussi pour se protéger… car si on les découvre ensemble, il est clair que le châtiment qui en suivra sera pour lui uniquement.
Il est plus froid, plus amère, plus en colère contre le monde, et même contre Séphy, voire aussi contre sa famille. Vu qu’il est dans la minorité opprimée, on peut comprendre qu’il soit en colère mais cette colère va se démultiplier au fur et à mesure de l’histoire pour devenir une véritable haine envers les Primats qui va le pousser à faire des choses qui ne sont pas plus jolies que les mesures raciales adoptées par les premiers. Combattre la haine par la haine, voilà la bataille de Callum et voilà pourquoi je préfère Séphy…

Je peux comprendre vu tout ce qui va arriver à la famille de Callum que, à un certain moment, la vengeance soit la solution qui luisemble la plus adaptée. Je ne serai pas honnête en vous disant que je ne comprends pas Callum ni sa manière de réagir. Aurai-je fait pareil à sa place, face à autant d’injustices, d’humiliations répétées ? Je n’en sais rien… mais je sais que lorsqu’on aime quelqu’un comme ces deux-là s’aiment, il me semble qu’accroître le fossé déjà énorme qui les sépare n’est sans doute pas le moyen le plus intelligent de faire triompher leur amour…

Je dois dire que Callum m’a également déçu dans la partie intitulée « L’otage« . Peu importe la vengeance, la haine, je ne l’aurais jamais cru capable de faire cela pour défendre sa cause. J’ai été choquée en lisant ces pages.

Il y a évidemment d’autres personnages qui jouent une part importante dans l’histoire : les familles respectives de Séphy et Callum mais il serait trop long d’aborder ce point ici. Sachez juste que je n’ai pas aimé les parents de Sephy pour leur manque d’ouverture d’esprit, idem pour le frère de Callum qui, du début jusqu’à la fin, m’a vraiment tapé sur les nerfs en raison d’une trop grande noirceur dans son coeur, dans son âme. Par contre, l’histoire de la soeur de Callum, Lynette, m’a touchée, même si – comme Callum – je n’ai pas compris son geste.

C. Le style de l’écriture

Le style d’écriture de Malorie Blackman est assez direct, assez tranchant sur l’injustice, l’absurdité de ce monde raciste  qui nous rappelle tellement la réalité de notre monde, ou à tout le moins, de ce qu’il a été lors de la ségrégation. Dès lors, le texte résonne avec une telle force en nous : on est choqués par ce qu’on lit et finalement on se dit : le monde d’il y a quelques années était-il différent, n’était pas si cruel et intolérant avec ses lois raciales absurdes ? Ce roman est-il si différent de l’histoire que nous raconte Katherine Stockett (pour une référence récente) dans La couleur des sentiments où les « Blancs » envisagent de voter une loi pour que les « Noirs » n’utilisent plus leurs toilettes ?

J’ai aimé la découpe du roamn en parties, qui permet de découvrir nos héros sur une longue période et non pas sur une courte tranche de vie, ce qui permet de voir l’évolution de leur manière de penser, de voir leur monde. Même si ces parties sont plus longues que des chapitres, l’alternance des points de vue permet de s’arrêter facilement dans le texte et de le reprendre plus tard avec la même aisance (pratique de lire seulement quelques pages quand on n’a pas beaucoup de temps devant nous !).

J’ai aimé que le roman soit raconté à deux voix, pour avoir le ressenti de chacun des deux personnages et les connaître de manière plus intimiste. Il n’y a pas à dire, c’est le style de narration que je préfère.

Enfin, j’ai aimé le style assez vif, rythmé et très prenant du roman. Des dialogues, du bla-bla utile et non plombant ! 

D. Conclusion

Un roman qui ne peut laisser indifférent, qui vous retourne complètement  ! Quelle claque ! Quelle leçon de tolérance ! Sans nul doute, un roman à glisser entre les mains, jeunes et moins jeunes, car l’histoire nous a déjà prouvé que nous ne sommes pas à l’abri de voir de nouvelles inégalités, discriminations poindre à nouveau leur nez.

Pas besoin de longs discours pour vous dire LISEZ-LE, juste un petit extrait qui m’a marqué et qui résume tout (pages 390 -391) :

Scène entre Callum et Jack, un Primat.
« – Que se passerait-il si les Blancs avaient le pouvoir à votre place ? 
Mon ami hoche la tête.
– Je n’y ai jamais réfléchi.
Je soupire.
– Moi si. Souvent. J’ai rêvé de vivre dans un monde sans discrimination, sans préjugés, où la police serait juste, la justice équitable, le système égalitaire…
– Eh bien ! C’est une thèse ou un conte de fées ? demanda Jack sèchement.
– Comme je te l’ai dit, j’y ai souvent pensé.
– Je ne crois pas en cette société dont tu parles, Callum.  Les gens sont ce qu’ils sont.  Que ce soit les Primats ou les Nihils qui dirigent le monde, il ne changera pas. »

Les points forts :

  • Une dystopie poignante qui vous remue les tripes ;
  • Un sujet difficile abordé avec force et brio ;
  • Deux personnages principaux  fouillés qui évoluent, grandissent chacun à leur rythme, ont leur façon d’envisager l’avenir, le futur sans oublier les sentiments qu’ils ont pour l’autre.
  • Un style d’écriture tranchant et percutant.
  • Un roman raconté à deux voix, permettant ainsi d’avoir une alternance de leur point de vue.


Les points faibles :

  • Eh bien, je cherche encore…



Les avis des amis : iwry, Azilys, Simi, Setsuka, Nanieblue et d’autres sur la page BBM du livre :

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Commentaires

  1. Cette série est génial ! J'ai pleuré à chacun des tomes ! Ravie que tu ai aimé Jess :). 20 avril 2012 15:44

  2. hihi ^^ moi je dis une lecture comme ça de temps en temps ça fait du bien ! ça remets les choses en place ! par contre faut être d'attaque pour la suite... le temps de digérer quoi ... contente que tu ai rencontré Callum et Séphy ^^ 20 avril 2012 16:11

  3. Ce roman est dans ma PAL. Quelle chronique ! Cela me donne très très envie de le lire au plus vite ^^ 20 avril 2012 18:07

  4. Une belle claque en effet, ce livre est juste un petit bijou ! Comme pas mal de monde, la couverture initiale ne m'encourageait pas des masses mais avec les bons avis, on ne peut qu'être curieux et une fois commencé, on se dit que vraiment c'est un livre à découvrir ! J'ai aussi beaucoup apprécié que l'auteure ne cède pas à la facilité et aille jusqu'au bout de ce qu'elle avait décidé de nous démontrer. Énorme coup de cœur chez moi aussi si ce n'était pas assez clair :) 21 avril 2012 17:50

  5. J'ai vraiment très envie de le lire, et ton avis ne fait que me pousser dans cette voix alors j'espère que se sera pour bientôt. 22 avril 2012 13:25

  6. Pour ma part, l'alchimie n'a pas du tout opéré avec ce livre. Les personnages n'ont malheureusement pas su me toucher. Leur caractère, leur choix m'ont profondément agacée. Je n'ai pas non plus été convaincue par les présupposés de l'histoire. Je trouve cette inversion des situation très peu crédible et justifiée. On ne sait pour ainsi dire rien du passé de ce monde et cela m'a manqué pour pouvoir y croire. Bref, rencontre ratée. 22 avril 2012 13:36

  7. Voilà un avis qui me fais très envie ! Je pense qu'il sortira tout bientôt de ma pal grâce à toi :) 22 avril 2012 18:39

  8. Et bien ! Je vais de ce pas l'ajouter à ma Whish Liste =D Ton avis + d'autres avis que j'ai plus lire, me donnent vraiment très envie ! Bonnes lectures ! 3 juin 2012 17:07

  9. Il est dans ma PAL, et je compte bien le lire avant la fin de l'été, très belle chronique! 9 juillet 2012 11:46

  10. Coup de coeur pour toi aussi ? Pour moi aussi ! Le premier tome est juste énorme, très émouvant, moi aussi j'ai pleuré de voir un monde injuste ! Dire que ça c'est quand même passé en Amérique pendant la ségrégation mais l'inverse. Ca m'a même fait bizarre d'imaginer que si j'étais née dans cet univers j'aurais été rejeté par tous XD. Bref magnifique roman ! 22 septembre 2012 22:30

  11. Ce n'a pas été un coup de coeur pour moi car le début a été un peu laborieux et je ne comprenais l'intérêt d'avoir inversé le rôle des blancs et des noirs. Mais je l'ai trouvé très prenant au bout d'un moment. 25 septembre 2013 21:26

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28 mai 2016 23:22