Sentiment 26 (tome 1)

Titre VF : Sentiment 26, tome 1

Titre VO : The Killables

Auteur : Gemma Malley (USA)
Traduction de Marianne Roumy

Publié aux Editions Michel Lafon Jeunesse
Date de publication : 12 avril 2012

Genre : Jeunesse, Dystopie

Pages : 317

Prix : 15,95 €
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Note

Lecture en partenariat avec les Editions Michel Lafon que je remercie.


Quatrième de couverture.

2065. La guerre a plongé le monde dans le chaos. Le Guide suprême a pris le commandement de la dernière cité et l’a organisée en différentes castes : de A à D, des citoyens Admirables aux citoyens Déviants. Tous ont subi une lobotomie. C’est la garantie qu’ils respecteront Les Sentiments, le livre qui fait loi. Et surtout qu’ils ne s’aventureront pas hors de l’enceinte, chez les Damnés…
Evie, 16 ans, une B, travaille pour le gouvernement. Promise à Lucas, parfait A et futur haut dirigeant, elle est en fait amoureuse de son frère Raffy, infréquentable D. Quand le Système bannit Raffy sur les terres des Damnés, elle refuse de se soumettre. Trouvera-t-elle la force de s’opposer à la Cité ?

Mon avis. 

J’avais aimé découvrir l’auteur dans La déclaration, premier tome d’une saga dystopique consacrée à une jeune surplus Anna, qui m’avait beaucoup touché. J’en avais d’ailleurs fait un coup de coeur ! Il me tarde d’ailleurs de lire la suite. J’espérais donc retrouver dans sa nouvelle saga toutes les riches émotions de la première. Mon avis est cependant beaucoup plus mitigé…

Evy doit se marier avec Lucas. Sa vie se résume jusque-là à aller travailler et aider ses parents dans les tâches quotidiennes. En dehors de cela, Evy tente chaque jour de ne pas avoir de mauvaises pensées et de toujours bien se comporter car l’étiquette, c’est ce qu’il y a de plus important et en changer représente quasiment une « mort sociale ». Car dans le monde d’Evy, tout le monde s’entend bien avec tout le monde, tout le monde s’entraide mais les individus qui ne respectent pas « Les Sentiments« , le livre où sont écrits tous les principes qui régissent ce monde, sont condamnés à errer jusqu’à ce qu’ils se fassent attraper par les Maudits. Mais Evy porte un lourd secret : elle aime un autre homme que celui qui lui est destiné. Si la Cité apprenait cette terrible vérité, elle serait elle aussi rétrogradée et mise au ban de la société. Et quand Raffy, son amoureux, devient un « E », Evy est décidée à le suivre en dehors de la Cité, là où la sauvagerie et tous les dangers les attendent au tournant… enfin, c’est ce qu’ils croient !

A. L’intrigue

Quand j’ai commencé le roman, j’ai vite accroché à l’univers dystopique. Un endroit où on jugeait les gens, on les espionnait dans leurs moindres comportements/agissements pour les étiquetter du meilleur au moins bon (de  A = « Admirable » à E = »Exécutable »), où l’on affiche l’étiquette publiquement pour humilier ceux qui descendaient dans cette « hiérarchie », l’absence de passion, de hobby pour ces gens qui se voient reléguer dans un boulot-métro-dodo routinier (quel intérêt de vivre dans ce cas ?), sans compter l’opération chirurgicale qui est effectuée sur tous les habitants de la Cité pour leur ôter l’amygdale (dans le cerveau, pas les amygdales au niveau de la gorge) responsable des « mauvais comportements » – et qui me rappelle le monde dystopique de Delirium où les gens devaient également subir une opération chirurgicale (mais pas pour la même raison) – m’a immédiatement séduit.

J’aime les dystopies fortes qui s’attachent aux sentiments, aux émotions et à tous ceux qui restreignent la population de les éprouver, de les ressentir. Dès lors, retrouver cette thématique qui m’est chère m’a fait de suite aimer l’univers et la façon dont l’auteur le présentait.

D’ailleurs, l’univers est très bien expliqué. Toutes les explications viennent à point nommé, je ne me suis jamais sentie envahie par trop de détails ou embrouillée par la façon dont l’auteur en venait au fait. L’univers est limpide et facile à appréhender.

L’univers est vraiment original et exploité de multiples façons. Ce qui est encore plus fort de la part de l’auteur est vraiment de le rendre déjà horrible à la première impression mais une fois qu’on apprend ce qu’il en est exactement, c’est encore pire. L’auteur arrive à reflèter dans cette fiction tout ce qu’il y a de misérable en l’humanité : idées scientifiques complètements absurdes mais également la volonté de certains de vouloir contrôler ceux qui les entourent en profitant de leurs faiblesses, de leurs peurs…

Mais passé la découverte de l’univers, j’ai eu beaucoup de mal avec l’intrigue en tant que telle. Pas que celle-ci ne tenait pas la route, au contraire ! Les choses bougent, Evy veut voir son monde évoluer – même si au début, on la sent assez réticente – et les protagonistes sont prêts à se battre pour recouvrer leur liberté volée.

Mais alors que l’auteur prend le temps de poser son univers, d’expliquer les tenants et les aboutissants et la « réalité » de la Cité, une fois qu’elle décide de pimenter les choses, de mettre de l’action, j’ai trouvé que ça allait beaucoup trop vite, qu’il manquait même des passages pour rendre cohérent le tout. Dès lors, j’ai trouvé la seconde partie du roman bien lisse à côté de la puissance dégagée dans la première et malheureusement, j’ai un peu décroché… L’impression qu’il me reste est que la seconde partie a été bâclée et vu la qualité de l’univers, je trouve ça assez dommage.

Ceci dit, ayant apprécié l’univers, je lirai le second tome avec grand plaisir pour l’évolution des personnages mais aussi du monde dans lequel ils vivent.

B. Les personnages

Pour moi, ce point est une grosse déception. Je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher aux personnages principaux. Comme je l’expliquerai dans le prochain point, le choix de la narration y est pour quelque chose…

Tout d’abord Evy, le personnage féminin. Je trouve que pour une héroïne principale, elle reste beaucoup en retrait, remet en cause le monde dans lequel elle vit sans pourtant l’affirmer. Je sais que dans ce monde, s’affirmer est mal vu mais il n’empêche qu’intérieurement, elle peut montrer son désaccord et bouillir de rage. Même si elle se « rebelle » d’une certaine façon, elle reste figée dans sa peur d’être découverte et ne va pas au bout de ses choix puisqu’elle est prête à y renoncer…
Même si cela change au cours du roman, c’est malheureusement la première impression que j’ai eu d’elle qui m’est restée par la suite. De plus, je la trouve assez soumise à Raffy, son amoureux. 
Même si elle va vouloir prendre position en faveur des « opprimés », je trouve qu’elle reste très en deçà de ce qu’on attend d’une héroïne forte, qui en jette. Evy ne m’a malheureusement pas convaincue.
Mais bon, comme précisé ci-dessous, le fait que le récit soit narré à la troisième personne et non en « je » y est sans doute pour quelque chose aussi ! Je l’aurais peut-être mieux comprise si j’avais pu partager ses pensées, ses joies, ses craintes de manière plus intimes.

Pour les garçons, même constat, à une différence près. Au début, j’aimais bien Raffy, le frère de Lucas et amoureux secret de Evy, car lui affirmait sa désapprobation du système et on le sent bouillir à l’intérieur. Cependant, plus on avançait dans le récit, plus son sale caractère est ressorti. Trop jaloux, trop Monsieur-j’impose-mes-idées-à-ma-copine, son comportement avec Evy m’a vite saoulé… et le fait qu’elle ne dise rien, encore plus ! 
Par contre, son frère, Lucas, qui devait épouser Evy à la base, m’a complètement surpris dans le récit. D’un personnage froid, distant et assez vide à l’intérieur, il m’est finalement apparu comme quelqu’un de très fort psychologiquement et courageux. Pour tout vous dire, au final, j’ai regretté qu’Evy ne puisse finalement pas l’épouser ! 

Les personnages sont cependant fouillés et assez bien approfondis. Je me répète encore en vous disant que la distance qui s’est installée entre eux et moi est sans doute le choix de narration…

C. Le style de l’écriture

Quand je commence à rédiger cette partie, j’ai toujours l’impression de me répéter. Fluidité, rythme ou encore absence de longues descriptions (ou trop justement) et argumenter sur le choix de la narration en soulignant que je suis régulièrement assez d’accord avec ce choix pour telle ou telle raison.

Si cette fois, je vais encore vous dire que oui, le texte est fluide, dynamique et rythmé et que je n’ai pas trouvé les descriptions trop longues, par contre  au niveau du choix de la narration, je ne suis pas convaincue par celui de l’auteur. Chose étonnante dans un roman dystopique, la narration s’exprime à la troisième personne. Jusqu’ici, si j’ai regretté parfois que certains passages ne soient pas narrés à la troisième personne pour avoir un point de vue extérieur à l’héroïne, ici clairement l’absence totale de la narration en « je » s’est fait sentir.. Le fait que l’histoire ne soit pas contée par Evy, de ne pas avoir ses pensées exprimées à sa façon, son ressenti en permanence, m’a gênée. 
Dès lors, en raison de cette distance placée entre l’héroïne et moi-même, je n’ai pas réussi à m’attacher à elle, à aucun moment.  

D. Conclusion

En bref, je dirai que j’ai été séduite mais pas totalement convaincue. Si la première partie du récit s’est révélée être une véritable découverte où je prenais énormément de plaisir à tourner les pages avidement pour en savoir plus sur l’univers et sur ce que nous préparait l’auteur pour la suite, force est de constater que cependant, l’intrigue n’a, pour moi, pas été menée jusqu’au bout vu que j’ai trouvé qu’on passait trop vite sur certains points, que d’autres étaient mal amenés et qu’il ressortait du tout une petite impression de « bâclage » sur la fin. 

Cependant, l’univers m’a assez intrigué pour me donner envie de lire la suite ! Dès lors, même si je ne suis pas à 100 % convaincue, je vous recommande néanmoins de lire ce premier tome, s’il vous fait envie ! La dystopie est intéressante et il serait bête de passer à côté !


Les points forts :

  • Une dystopie qui dérange, forte, dont on a envie d’en apprendre plus !
  • L’univers est clair, bien expliqué et très bien imaginé. Quand on joue sur le fait de ne plus ressentir des émotions fortes, car ce seraient à cause d’elles qu’on serait mauvais, ça m’intrigue toujours !
  • La première partie du roman est vraiment prenante et bien ficelée.

Les points faibles.

  • Une seconde partie de roman bien en-dessous de la première, qui passe très vite sur certains détails : il me reste une impression de bâclage.
  • Des personnages qui ne m’ont guère impressionnés. On garde toujours une certaine distance par rapport à eux et de fait, on n’arrive pas à vivre les choses pleinement avec eux.
  • Une style d’écriture pour le coup inadapté. Avec cette narration à la troisième personne, on reste toujours à distance de Evy, et du coup on s’attache moins à elle. Peut-être qu’un mix des deux types de narration aurait mieux convenu.

Les copines l’ont lu et ont donné leur avis : Melisende, Galleane, Cajou et d’autres à venir sur la page BBM du livre :

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Commentaires

  1. j'aime beaucoup la trilogie de La déclaration de Gemma Malley, et j'attends celui-ci avec impatience. Mais pour tout dire, je trouve, au vu du résumé, que ça fait penser légèrement au Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley -par ailleurs excellent. Concernant le choix narratif, je peux comprendre, mais moi, ça ne me gêne pas en général pour m'attacher aux persos... alors je verrai bien !! 24 mars 2012 10:57

  2. Bon, je le lirai quand même car j'adore la dystopie et j'avais moi aussi apprécier la déclaration mais je ne vais pas m'attendre à une histoire "spectaculaire" pour ne pas être déçue... Merci pour cette chronique ;) 24 mars 2012 19:52

  3. Bonsoir je suis tomber sur ton blog, en parcourant les blog que visitait l'univers livresque de Bookinwoman. =) Pour ma part, tout comme toi la déclaration avait été un coup de cœur, je n'ai pas lu ce livre mais je vois que l'auteur suit le même sentir avec comme thème global: Que sera notre planète dans quelques années? QUEL organisation? Je trouve ces sujets très intéressants. Je mets donc ce livre dans ma wish-list. 6 avril 2012 21:42

  4. Un livre que j'ai reçu grâce à LA et aux Editions Michel Lafon et que j'ai beaucoup aimé !! Mais je n'attendais pas de suite... 13 juin 2012 23:02

  5. J'approche de la fin du livre, et pour le moment, je ne suis nullement déçu. Je ne pense pas que cette narration à la troisième personne soit un défaut. Je trouve qu'elle est tout de même bien rendue, et peut-être que l'écriture aurait été moins travaillée, si l'auteure avait voulu se mettre à la place d'Evie. Mais là encore, cela dépend de l'avis de chacun, moi les deux style me conviennent. :) 9 juillet 2012 11:45

  6. Comme toi, j'ai beaucoup apprécié la série la déclaration et comme toi, j'étais préssée de découvrir ce livre. J'ai été énomément déçue, je l'ai trouvé très long à démarrer et je ne suis pas rentrée dans l'histoire. A cause de la cité, les personnages sont naïfs mais ils le sont beaucoup trop à mon gout, ce qui ralentit l'histoire. 4 novembre 2012 15:30

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10 octobre 2015 04:48