Les Yeux Jaunes des Crocodiles

Ce roman se passe à Paris.
Et pourtant, on y croise des crocodiles.
Ce roman parle des hommes.
Et des femmes. Celles que nous sommes,
celles que nous voudrions être,
celles que nous ne serons jamais,
celles que nous deviendrons peut-être.
Ce roman est l’histoire d’un mensonge.
Mais aussi une histoire d’amours,
d’amitiés, de trahisons, d’argent, de rêves.
Ce roman est plein de rires et de larmes.
Ce roman, c’est la vie.

Voilà le résumé proposé en quatrième de couverture du roman. Je dois dire que si les couleurs de la couverture ne m’avaient pas tapé dans l’oeil et si tout le monde ne parlait pas de ce roman ainsi que de sa suite, la Valse lente des tortues, le résumé ne m’aurait sans doute pas intéressée. Mais voilà, il arrive parfois qu’on choisisse un roman par l’originalité de sa couverture et qu’on ne le regrette pas !
J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui reste assez simple : la vie de Monsieur et Madame Tout le Monde, ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines… Une recette, certes simpliste, mais qui fonctionne !

Le roman met en avant plusieurs personnages :

  • Joséphine Cortes, la mère au foyer, malheureuse dans son couple depuis que son mari, Antoine, est au chômage. Elle travaille au CNRS et est spécialisée dans l’histoire des femmes au XIIème siècle. Elle est la maman d’Hortense et de Zoé.
  • Antoine Cortes, le mari de Joséphine, qui rêve de grandeurs alors qu’il est au chômage. Antoine refuse d’accepter des petits boulots et espère toujours pouvoir décrocher LE « bon plan » qui va le rendre riche. Il trompe sa femme avec Mylène.
  • Hortense Cortes, la fille d’Antoine et Joséphine, qui idolâtre son père et reproche à sa mère sa condition de « pauvre ». Hortense est assez superficielle et se sert des garçons pour arriver à ses fins et obtenir de produits de luxe.
  • Iris Dupin, la soeur de Joséphine, qui – à première vue, mène une vie parfaite. Plus belle que sa soeur, plus talentueuse, plus riche, elle a toutes les qualités que Joséphine n’a pas. Elle est mariée a un avocat, Philippe, qu’elle n’aime pas et a un fils, Alexandre, dont elle se désintéresse la plupart du temps.
  • Philippe Dupin, le mari d’Iris. D’abord personnage assez froid, avocat prêt à défendre les cas les plus désespérés, Philippe prend peu à peu conscience que la vie ne se résume pas à ses affaires et se rapproche de son fils, Alexandre.
  • Henriette Plissonnier – Grobz, la mère de Joséphine et Iris. Henriette est une femme froide et odieuse avec sa famille. Elle préfère sa fille Iris et ne cache pas le mépris que la simplicité et la vie choisie par son autre fille, Joséphine, lui inspirent. Elle est mariée avec Marcel Grobz, un homme riche, qu’elle n’a épousé que pour la sécurité que lui procure sa fortune.
  • Marcel Grobz, mari de Henriette, est un homme riche qui malgré son mariage, sourit à la vie grâce à l’amour qu’il éprouve pour sa Choupette, Josiane, avec qui il trompe sa femme. Son plus grand rêve est d’avoir un enfant, ce que Henriette lui a toujours refusé.
  • Josiane, la secrétaire de Marcel et sa maîtresse. Attirée de prime abord par la fortune du vieux Marcel, on sent au fil du roman qu’elle l’aime vraiment au point de lui offrir le plus beau cadeau dont il puisse rêver : un enfant.
  • Shirley, la meilleure amie de Josiane qui vit juste en face de chez elle et à qui elle ne peut rien cacher. Shirley, par contre, garde un lourd secret qu’elle hésite à dévoiler à sa meilleure amie de peur de la mettre en danger. C’est aussi elle qui dévoile à Joséphine la liaison de son mari avec Mylène.
Tous ses personnages vont interagir entre eux au fil du roman.
Dans la première partie, Katherine Pancol consacre des paragraphes de 5 à 10 pages à chacun de ses personnages pour imprégner le lecteur de la vie de ces derniers : leur caractère, leur passé, les relations qui existent entre eux.
Dès lors, je dois bien admettre que cette mise en bouche, ce foisonnement de personnages a rendu la lecture de cette première partie assez pénible, dans le sens où il fallait bien retenir les différents caractères en présence et surtout les relations que ces personnages entretenaient les uns avec les autres. Ce début de roman m’a donc paru un peu brouillon, vu la multiplication des personnages.

Par contre, cette impression s’envole complètement dès qu’on arrive à la deuxième partie du roman. Les personnages nous sont connus, leur passé a été expliqué et donc, on peut avancer dans l’histoire !
Le style de Pancol – qui passe d’un personnage à l’autre toutes les 5 à 10 pages, donne une certaine dynamique à un roman qui finalement reste assez calme et plat : pas de rebondissements rocambolesques, pas de grands chamboulements dans la vie des personnages : chacun fait son petit bonhomme de chemin à son rythme. Le style de l’écriture assez fluide rend l’exposé de l’histoire passionnant, bien que très peu parsemé de dialogues.

L’identification à tel ou tel personnage est relativement simple, tellement Pancol exploite les différents caractères que les êtres humains peuvent revêtir : tantôt superficiel, tantôt perdu, tantôt odieux,…
Il y en a pour tous les goûts.
Personnellement, je me suis assez retrouvée en Joséphine, cette femme qui a une image d’elle peu flatteuse sans objectif de grandeur en vue : Joséphine est une femme simple qui veut avant tout s’en sortir seule et offrir à ses deux princesses tout ce dont celles-ci ont besoin. Au début, on la trouve complètement perdue sans son mari. Antoine vient de la quitter pour Mylène : tout son monde s’écroule…
Ensuite, elle reprend confiance en elle, se trouve un but dans la vie et gagne de l’argent : la vie enfin lui sourit.
Le parcours de Joséphine – surtout professionnel – ressemble en tout point au mien : chaotique au début mais en avançant petit à petit, elle y arrive ! Les phrases simples mais tellement vraies de Pancol, énonçant des petites choses de la vie, s’impriment dans le lecteur et lui fait voir la vie sous son beau côté, malgré les épreuves qu’elle nous inflige. Ce sont certes des petites phrases « bateaux » mais qui font tellement du bien, telles des bouffées d’air frais qu’il faut respirer quand on vient à manquer d’oxygène !

Extrait (page 550) :

« (…) La vie a continué après , la vie continue toujours. Elle te donne des raisons de pleurer et des raisons de rire. C’est la vie, Joséphine, fais-lui confiance. C’est une personne, la vie, une personnage qu’il faut prendre comme partenaire.
Entrer dans la valse, dans ses tourbillons, parfois elle te fait boire la tasse et tu crois que tu vas mourir et puis elle t’attrape par les cheveux et te dépose plus loin. Parfois elle t’écrase les pieds, parfois elle te fait valser. Il faut entrer dans la vie comme on entre dans une danse. Ne pas arrêter le mouvement en pleurant sur soi, en accusant les autres, en buvant, en prenant des petites pilules pour amortir le choc. Valser, valser, valser. Franchir les épreuves qu’elle t’envoie pour te rendre plus forte, plus déterminée.(…) »

Certaines relations évoquées dans le livre sont assez dures, notamment les relations mère/fille entre Henriette et Joséphine et celle entre Joséphine et sa propre fille, Hortense. Joséphine n’est jamais assez bien et ces deux relations le lui renvoient à la figure tout le temps : les reproches de sa mère la blessent et elle finit par couper les ponts, les reproches de sa fille la blessent, par contre elle essaie de comprendre pourquoi sa fille a une vision d’elle aussi mauvaise. Joséphine, contrairement à sa relation avec sa mère, n’est pas prête à lâcher sa fille, elle veut la rendre heureuse, l’aimer, même si cet amour ne lui est pas retourné par Hortense.
Certains personnages apparaissent comme odieux (Iris, Henriette,…) mais pourtant la vie leur sourit : ils semblent ne pas avoir de problèmes. Pourtant, si on gratte un peu le vernis, on voit que tout n’est pas rose…
Prenons le personnage d’Iris par exemple : elle est mariée à un homme riche et beau, elle a la beauté et le talent. Sa vie se résume aux dîners mondains et au shopping… Et pourtant, Iris se sent tellement vide à l’intérieur qu’elle va demander à sa soeur de lui écrire un livre dont elle s’attribuera le mérite. Iris est clairement le genre de personnes qui ne peut pas vivre sans le regard des autres. Malheureusement, tous les mensonges qu’elle a inventés dans sa vie vont lui revenir un à un dans la figure, tels des boomerangs qui risquent fort de la faire chuter…

D’autres personnages, par contre, attirent immédiatement la sympathie du lecteur. Ils sont gentils, simples et n’aspirent qu’à une chose : être heureux… Malheureusement, au début du roman, la vie a décidé de les mettre à l’épreuve… C’est injuste !
Joséphine se retrouve seule, presque sans argent, avec ses deux filles à élever ; Marcel est coincé dans un mariage malheureux et est obligé de se cacher pour vivre pleinement son amour avec sa choupette,…
On les voit évoluer, mûrir et pour finir, récolter enfin le bonheur qu’ils méritent, parfois au détriment de ceux qui les ont fait souffrir pendant tant d’années : Henriette se retrouve seule, sans mari et sans Joséphine qui l’a rayée de sa vie, Iris se retrouve isolée, si distante de ses proches, et ayant perdu sa seule « gloire », son livre qu’Hortense a rendu publiquement à sa mère,…

D’autres personnages nous laissent indifférent (comme Antoine, le mari de Joséphine, qui veut tout tout de suite, part en Afrique s’occuper de crocodiles et qui finalement se retrouve sans rien) ou encore Madame Barthillet qui est évoquée plusieurs fois dans le roman et qui ne sert à rien !

Comme vous l’avez compris, j’ai vraiment apprécié la lecture de ce livre et finalement, je trouve, que la quatrième de couverture résume assez bien le livre : Ce roman, c’est la vie !

Un petit bémol cependant, j’ai trouvé que certains éléments du livre étaient un peu tirés par les cheveux et leur évocation m’a fait peur… Je craignais que le roman ne tourne en eau de boudin, avec une fin qui soit en deçà de mes attentes. Je pense notamment ici des origines de Shirley et des connaissances VIP de Hortense !
Ceci dit, ces éléments peu crédibles restent dans une certaine mesure marginals et ne gâchent nullement la trame principale.

En conclusion, un super roman que je vous conseille de lire. Je lui attribue une note de 8.6/10 (8/10 pour la qualité de l’histoire, 9/10 pour le développement des personnages et 9/10 pour une écriture très fluide, bien que l’alternement des personnages m’ait un peu déstabilisé au début).

Les Yeux Jaunes des Crocodiles de Katherine Pancol
Aux Éditions Albin Michel, sorti en 2006
Aux Éditions Le Livre de Poche en mai 2007.
661 pages

http://www.wikio.fr

Commentaires

  1. J'ai moi aussi beaucoup aimé ce roman, justement pour sa simplicité et les relations entre personnages que tu décris... :) 6 décembre 2010 16:38

  2. Un roman que j'ai apprécié, simple et agréable. 15 janvier 2011 13:41

  3. J'ai découvert ce livre il y a peu de temps et je ne suis pas du tout déçue, au contraire !
    J'ai beaucoup aimé le fait de faire d'évènements simples, des évènements improbables et extraordinaires. L'histoire n'est pas vraiment originale, mais je trouve que les mots sont bien choisis... Je crois que si ça avait été écrit par quelqu'un d'autre ça ne marcherait pas aussi bien ! 11 juin 2011 10:19

  4. J'ai adoré ce livre, j'ai hâte de me replonger dans la vie de toute cette clique ;) !! 26 mai 2012 17:42

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27 décembre 2016 19:10