La Couleur des Sentiments

Titre VF : La couleur des sentiments
Titre VO : The Help

Auteur : Kathryn Stockett (USA)
Traduction de Pierre Girard

Publié aux Editions Jacqueline Chambon

Date de publication : 03 septembre 2010
Disponible en ebook depuis le 02 décembre 2011 (Editions Actes Sud)

Genre : Contemporain, Drame
Pages : 525

Lu en Ebook

Prix : 23,80 € pour la version papier et 14,99 € pour la version numérique
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Note :  

Quatrième de couverture (résumé amazon)

Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s’occupent des enfants.

On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L’insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s’enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu’on n’a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l’ont congédiée. Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s’acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l’a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même lui laisser un mot.

Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié ; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante. 

Mon avis

Je ne m’étais pas vraiment intéressée à ce livre avant de voir la bande-annonce du film (en Belgique, il est sorti le 28 décembre). Je n’avais donc pas connaissance de tout le buzz qui l’entourait et des bonnes critiques que suscitaient ce roman. Mais fin décembre, je ne pensais plus qu’à cela, il fallait que je le lise. Et je ne regrette absolument pas, oh que non…

Aibileen et Minny sont afro-américaines et travaillent depuis des années au service des Blancs. Si la spécialité de Minny est la cuisine, celle d’Aibileen est de s’occuper des enfants des gens chez qui elle travaille. C’est donc tout naturellement qu’elle se retrouve bonne chez Miss Leefolt, maman d’une petite fille de 2 ans, Mae Mobley.

Cependant, le climat entre les bonnes et les propriétaires bourgeoises n’est pas au bon fixe. Miss Hilly Hoolbrock est d’ailleurs sur le point de proposer une loi visant à construire des toilettes séparées pour les domestiques afin d’éviter que les maladies des Noirs n’affectent les Blancs.

C’est alors que Skeeter, jeune femme de bonne famille fraîchement revenue de l’université et désirant plus que tout devenir écrivain ou journaliste, décide d’écrire un livre qui reprendrait des témoignages de ces bonnes qui élèvent les enfants des Blancs mais ne reçoivent finalement aucune considération de ces derniers. Va-t-elle trouver des domestiques noires qui accepteront de parler ? Rien n’est moins sûr, car à Jackson, Mississipi, il n’est pas bon de critiquer l’ordre en place.

J’ai été particulièrement touchée par ce roman, c’est bien simple je n’avais plus envie de le lâcher. Je me suis vite retrouvée plongée dans l’Amérique profonde des années 60 pour ne plus vouloir quitter ces femmes qui m’ont toutes bouleversées avec leur histoire, leur tristesse et leur colère. 

Mais voyons tout cela en détail.

A. Intrigue.

Soyons clairs, ce n’est pas pour ce livre que je vais vous dire que ça bouge bien, que ça remue et qu’il y a beaucoup d’action. 

Pourtant, j’ai trouvé qu’il y avait du suspense, qu’il y avait une certaine tension tout au long du livre et finalement, même si l’histoire reste comme un long fleuve tranquille, je ne me suis pas ennuyée à une seule seconde.

Le récit commence doucement. Grâce aux points de vue de Aibileen et de Minny, les deux bonnes afro-américaines que l’on suit, on pose le contexte (déjà connu, vu et revu aussi bien dans la littérature qu’au cinéma) et on apprend à découvrir la vie de ces deux femmes aussi bien dans le cadre de leur travail que celui de leur vie privée. 

Puis Skeeter débarque, avec son envie de voir tout changer, dégoûtée par les opinions exprimées à voix haute et devant les domestiques de ces meilleures amies. Skeeter veut écrire LE livre qui fera peut-être bouger les choses mais trouver l’appui de ces femmes terrorisées n’est pas évident, aucune n’osant parler de peur des représailles.

J’ai aimé découvrir les histoires de chacune, leurs forces et leurs faiblesses, voir comment leur peur va se transformer en colère d’abord puis en courage, celui de parler, de se raconter.

Le roman démarre tout en douceur mais plus on avance dans le récit, plus le lecteur se retrouve confronté à la réalité de la vie dans le Mississippi, le roman prend alors une tournure plus dramatique. Même si l’auteur conserve toujours l’une ou l’autre histoire drôle, une pointe d’humour nécessaire à conserver le ton du livre qui se veut résolument positif.

Toutes les émotions sont joliment placées dans ce roman : un coup, on rit, l’autre on est choqué, attéré devant la bêtise humaine (pour ne pas changer !) et la fois suivante, on est ému, bouleversé. 

Kathryn Stockett nous embarque avec elle dans un tourbillon de sentiments, de sensations, dans une histoire humaine, une leçon de tolérance (toujours valable aujourd’hui qui plus est) qui ne peut laisser personne indifférent.  Je ne peux m’empêcher de citer cet extrait du récit qui résume à lui seul le climat de l’époque :

« N’était-ce pas le sujet du livre ? Amener les femmes à comprendre. Nous sommes simplement deux personnes. Il n’y a pas autant de choses qui nous séparent. Pas autant que je l’aurais cru. « 

B. Personnages.

Sans conteste, le point le plus fort de ce roman. 

Kathryn Stockett nous dépeint tout un panel de personnages forts, attachants mais aussi détestables au possible. Elle reprend au travers de quelques personnages les stéréotypes de l’époque, de la femme odieuse qui pense pouvoir faire la loi sur son quartier à la bonne obéissante en apparence qui explose de douleur et de colère à l’intérieur.

Vous parler de tous les personnages seraient impossible, je vais donc essayer de dire un mot sur ceux qui m’ont le plus marqué, en bien ou en mal.

Commençons par le personnage que j’ai le plus détesté. Sans grande surprise, vous l’aurez compris pour ceux qui ont lu le livre, il s’agit de Miss Hilly Hoolbrock. Je pense que si je devais attribuer un award pour la plus grande mégère, la plus grande manipulatrice et la femme la plus immonde, ce serait elle. Hilly Hoolbrock, c’est tout ce que je déteste. Une femme de pouvoir qui croit qu’elle peut faire la pluie et le beau temps sur son entourage, qui exerce une pression sur ses amies pour les amener à penser comme elle – même si elles ne sont pas d’accord. Elle est vraiment exécrable et traite les gens comme des moins que rien, sans compter qu’elle est ridicule et bête dans la mesure où elle pense que des maladies de noires (what is the fuck ?) peuvent se transmettre aux blancs rien que par le fait qu’ils utilisent le même wc ! Elle représente le stéréotype de la bourgeoise raciste des années 60.

Son amie, Elizabeth Leefolt ne vaut pas mieux. Elizabeth n’a aucune personnalité, elle suit bêtement tout ce que son amie, Hilly, lui dit de faire sans réfléchir. Elle est fade au possible, inintéressante. Je déteste la manière dont cette femme se comporte avec sa fille. Elle donne l’impression de s’en désintéresser complètement, comme si elle était déçue que ce soit Mae Mobley qui soit venue au monde. On se demande d’ailleurs quel est son intérêt d’avoir des enfants (à part peut-être de faire comme Hilly ?) si elle ne s’en préoccupe pas pour le moins du monde ?

Dans la même optique, je n’ai pas aimé la mère de Skeeter, Charlotte Phelan, que j’ai trouvé très dure avec sa fille, surtout sur la question du mariage. Vouloir changer à ce point le physique de sa fille en lui faisant remarquer tout ce qui n’est pas beau chez elle n’est pas vraiment une manière de l’encourager à avoir confiance en elle. Heureusement que Skeeter est assez forte pour dépasser tout cela. Cependant, même si elle a fait des choses odieuses, notamment à Constantine – la bonne de la famille qui a élevé Skeeter -, on sent qu’elle aime sa fille et qu’elle agit plus pour paraître dans la société, tout en regrettant par derrière ses actions.

Mes préférées, maintenant !  Tout d’abord, la petite Mae Mobley, la fille d’Elizabeth Leefolt, qui a 2 ans. Cette petite m’a touchée car elle sait que sa maman ne l’aime pas mais elle reste digne et reporte tout son amour sur Aibileen. 

Miss Eugenia Phelan, dite Skeeter, est une jeune femme en décalage par rapport à son époque. Elle a fait des études, souhaite devenir un écrivain ou un journaliste avant de penser à se marier.  Contrairement à ses amies (d’ailleurs, on peut se demander ce que ces filles pouvaient avoir en commun pour se qualifier d’amies tellement elles sont différentes), elle a un esprit critique sur la situation de Jackson, sur les fameuses toilettes séparées que sa copine Hilly souhaite installer partout. Skeeter aimait réellement Constantine, celle qui l’a élevée, et contrairement à ces autres femmes, elle ne rejette pas les domestiques une fois qu’elle est devenue adulte. Elle reste reconnaissante et continue à vouer une admiration sans borne à cette femme pour tout ce qu’elle lui a appris. Skeeter veut voir changer les choses et que les gens prennent conscience que blanc, jaune ou noir, ce n’est qu’une couleur, ça n’enlève rien à la personne qui est derrière cette couleur.

Aibileen est un personnage qui m’a également beaucoup plus. Cette femme a une peine immense en elle et pourtant elle continue à aimer les enfants des autres comme si c’était les siens. Elle va faire preuve d’un immense courage en étant la première à accepter de parler de son expérience à Skeeter.

Et enfin que dire de Minny ! Minny, c’est une femme qui a du culot, qui ne sait pas fermer sa bouche quand elle doit, qui est insolente avec ses patronnes blanches qui le lui rendent bien vu qu’elle a déjà été renvoyée plus de 20 fois ! Elle sait aussi faire preuve de beaucoup d’humour quand il s’agit de rendre la monnaie de sa pièce à une certaine Hilly Hoolbrock ! Par contre, dans le privé, tout son aplomb s’envole, elle devient une femme fragile qui n’ose pas prendre la décision qui s’impose pour son bien être, sa sécurité mais aussi celle de ses enfants.

Les différents portraits qui sont dépeints (soit en particulier Minny, Aibileen et Skeeter) sont emprunts d’une telle sincérité qu’ils peuvent nous emmener dans leur vie avec eux avec facilité. Trois femmes différentes mais animées du même feu à l’intérieur : voir leur monde changer.

C. Style de l’écriture.

L’écriture de Kathryn Stockett dans ce roman est très intelligente.

J’ai beaucoup aimé cette alternance de points de vue, d’avoir trois narratrices qui me racontent la même histoire, chacune à tour de rôle, chacune à leur manière, avec leur personnalité, leur caractère.

C’était intéressant de passer du point de vue de deux bonnes, Aibileen et Minny à celui de Skeeter, une blanche qui a voué un amour infini à sa bonne. L’écriture était adaptée au niveau de chacune, plus simple lorsqu’il s’agissait de Aibi et de Minny, vu qu’elles avaient dû arrêter l’école très tôt pour commencer à travailler au service des blancs. 

J’ai trouvé que cette forme de narration choisie par l’auteur reflète encore mieux la personnalité de chacune et la fait ressortir, fait que le lecteur est immédiatement plongé au coeur de l’histoire. L’auteur aurait choisi un style plus distingué que l’on y aurait pas cru. Alors oui, ça déstabilise un peu quand vous ouvrez le roman et que vous lisez une phrase qui n’est pas correctement construite, mais aurait-il pu en être autrement ? L’histoire aurait-elle été crédible si l’auteur n’avait pas adopté cette forme de narration ? Je ne crois pas non.

Et je lui tire mon chapeau pour le fait qu’il est toujours très difficile de se glisser dans la peau d’un autre, surtout avec une histoire aussi forte, quand on a vécu les choses mais de l’autre point de vue.

J’ai par ailleurs beaucoup aimé qu’une fois le récit terminé, Kathryn Stockett consacre quelques pages à nous parler de sa propre expérience, un peu comme Skeeter le fait dans le roman. Elle nous raconte qu’elle a vécu dans le Sud à l’époque de la ségrégation, qu’elle avait une bonne qu’elle aimait plus que tout et que par ce livre, elle espérait leur rendre hommage. Même si l’histoire reste fictive, j’ai apprécié ce rattachement à la vie de l’auteur, ça ne rend le tout que plus vrai et plus vivant.

D. Un mot sur le film.

Hier soir, je suis allée voir le film avec mes parents qui avaient également envie de le découvrir après avoir vu la bande annonce. Par contre, chéri est resté à la maison, impossible de le faire bouger pour un film dans lequel personne ne se tape dessus !

Globalement, je peux dire que j’ai apprécié l’adaptation cinématographique qui a été faite du roman. Les actrices étaient bien dans le rôle, il n’y avait aucune fausse note à ce niveau-là, leur jeu était crédible au point qu’évidemment, je n’ai pas pu me retenir, j’ai pleuré (comme c’était prévisible en même temps !).

On peut dire qu’en gros, le fil de l’histoire a été respecté sauf quelques changements dont je n’ai pas toujours apprécié la modification. 

** Risque de spoilers ** mais pour vous expliquer ce que je n’ai pas aimé dans le film, je suis obligée de donner des exemples. Donc à ne pas lire si vous n’avez pas vu le film ou si vous voulez conserver toutes les surprises du roman.

Déjà, je n’aime pas du tout (mais c’est une habitude au cinéma) de changer la chronologie du livre en mettant une scène qui se trouve à la fin du roman au début ou vice-versa.

Ensuite, j’ai trouvé qu’on passait trop rapidement sur certaines scènes. Je pense que si je n’avais pas lu le livre avant il y a des choses que j’aurais moins bien compris.

Par exemple, quand Yule May est emprisonnée et jugée en même pas une journée pour avoir volé une bague de Hilly et les conséquences qui en découlent. Perso, j’ai trouvé que cette scène qui est poignante dans le roman n’est pas bien retranscrire à l’écran, en tout cas on ne comprend pas bien la colère des bonnes à ce moment-là du récit et l’émotion passe beaucoup moins.

Enfin, j’ai regretté qu’on change totalement l’histoire de Skeeter et de Constantine, tout particulièrement le renvoi de Constantine de la maison Phelan. Je dois dire que ça m’a énormément déçue de voir l’histoire « réarrangée  » d’une autre façon, de voir que des éléments qui m’avaient touché dans le roman ne soient pas du tout repris dans le film.

Sinon, mis à part ces quelques petites choses que je n’ai pas apprécié, j’ai passé un bon moment et je dois dire que j’ai bien revécu l’ambiance du livre, aussi bien dans ces moments les plus dramatiques que les moments les plus drôles.

D’après amazon, le film sort en DVD le 29 février 2012. Je vous invite à le découvrir si ce n’est déjà fait.

E. Conclusion

Je dirai tout simplement que je suis conquise par ce roman qui m’a vraiment subjuguée du début à la fin. J’ai toujours une certaine appréhension quand je commence un roman plus contemporain de me buter à quelque chose de difficile à lire, assez rébarbatif et que l’évasion du quotidien ne soit pas au rendez-vous.

Et avec ce roman, j’ai pris énormément de plaisir à découvrir la vie de ces femmes, à aimer les connaître et à m’inquiéter avec elle sur la manière dont leur livre sera reçu. Malgré qu’il n’y ait pas spécialement d’action (en tout cas, pas au sens où je l’entends habituellement), je ne me suis ennuyée à aucun moment.

Pour l’anecdote, alors que j’étais en train de lire le livre, mon reader m’a octroyé une récompense qui résumé en tout point de vue ce que je viens de vous dire :

 

Récompense livre captivant :  Décidémment, vous n’arrivez pas à décoller le nez de ce livre ! Vous lisez depuis deux bonnes heures !

 

Les points positifs :
 

  • Un style de narration intelligemment choisi qui nous permet de découvrir la même histoire, racontée celui des points de vue différents.
  • Une intrigue qui certes ne décolle pas mais reste puissante du début à la fin, avec un certain suspense à la fin quand le livre est sorti et qu’elles attendent les retour des lectrices.
  • Des personnages forts, attachants qui vous racontent leur histoire avec leurs tripes, vous arrachant de ci de là une petite larme

Les points négatifs :
 

  • J’ai trouvé que la fin s’arrêtait trop brutalement, par rapport au récit où tout était expliqué en longueur, en douceur. Ici, on ne sait pas ce qui va advenir d’Aibileen. Même si la note se veut résolument positive, j’en garde une drôle d’impression d’inachevé. 

D’autres chroniques sur la page BBM du livre sur Livraddict : 

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Commentaires

  1. Je l'ai offert à une amie pour son anniversaire en septembre dernier et elle a vraiment beaucoup aimé. J'ai très envie de le lire aussi mais je ne trouve pas le temps ! Dans quelques semaines, j'espère ! Quant au film, j'aimerais aussi le voir. 10 janvier 2012 20:05

  2. Il est dans ma wish depuis un moment car je n'entends que du bien de ce roman et à priori le film est aussi très réussi ce qui n'est pas toujours le cas... J'aime beaucoup ton billet car il est particulièrement complet et aborde tous les points. En réalité je résiste à chaque fois que je passe devant en librairie mais je privilégie plutôt les versions poches pour des raisons financières et de place dans mon petit appart... Dur dur de ne pas craquer ! 10 janvier 2012 21:05

  3. Vu les critiques élogieuses, je vais le rajouter à ma wish pour une future lecture. 10 janvier 2012 23:10

  4. je suis en train de le lire, j'adore! 11 janvier 2012 14:37

  5. Cela fait un bon bout de temps que je souhaite le lire et grâce à ton superbe article, je suis conquise! =) 12 janvier 2012 16:39

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18 March 2019 15:35