Trudi la naine

En ce dimanche après-midi, je vous propose une petite lecture commune avec Heclea et Fée Bourbonnaise sur un livre choc : Trudi la naine.
Tout de suite, mes impressions.

Quatrième de couverture.

« Enfant, Trudi Montag croyait que chaque être humain savait ce qui se passait dans la tête des autres. »
Trudi Montag vit à Burgdorf, près de Düsseldorf. Trudi est naine. Souvent seule, sujette à mille et une brimades, elle passe son temps à observer ceux qui ne la voient pas.
Jour après jour, Trudi raconte les autres, leurs secrets les plus sombres et les plus inavouables. Au fur et à mesure que s’accroît le pouvoir de Hitler, elle nous dit ce que chacun choisit de se rappeler ou d’oublier. La résistance à la barbarie pour les uns, le mensonge et la compromission pour les autres.
De la défaite de 1918 jusqu’au silence collectif de la période nazie, c’est tout un pan de l’histoire allemande qu’évoque Ursula Hegi au fil d’une narration éblouissante et audacieuse.

Mon avis.

En commençant ce livre, j’étais très enthousiaste ! Encore un livre sur fond historique, sur la période nazie en plus, je me voyais déjà retrouver l’ambiance de la trilogie berlinoise de Philip Kerr.
Malheureusement, même si j’ai été plus que servie au niveau des détails historiques, je dois bien dire que je n’ai pas pris plaisir à cette lecture… voire que je me suis même ennuyée.

Parlons d’abord de ce qui m’a plu : le fond historique : L’Allemagne de 1914 à 1952.
Grâce à ce roman, on retrouve une partie de l’histoire allemande (sous un œil allemand) dans l’une des périodes les plus capitales de l’Histoire. Du déroulement de la première guerre (la façon dont les femmes ont pris le pouvoir pendant que les hommes étaient partis à la Guerre,…), la montée du nazisme et la Seconde Guerre Mondiale, on est vraiment bien servis et les descriptions sont vraiment poignantes de vérité.

« Trudi ne put supporter le film. Elle était effrayée de voir comment les gens justifiaient les discriminations, comment on bourrait le crâne d’enfants de dix ans, comme Bruno Stosick, de cette attitude arrogante. Plus d’une fois, elle avait attrapé au vol, au restaurant ou dans le tramway, des remarques sur la mauvaise odeur des Juifs. Bien que jamais adressées directement aux Juifs, qui restaient de marbre, assis les bras serrés contre leurs flancs, ces commentaires étaient toujours dits suffisamment fort pour que tout le monde puisse les entendre. D’aucuns riaient, mais la plupart des gens faisaient la sourde oreille. Y compris elle. Et elle avait honte de cette indifférence. Elle aurait aimé trouvé le moyen d’intervenir sans risque. Car elle avait vu des gens ostracisés ou frappés pour avoir pris la défense des Juifs. Une fois, elle avait même vu un groupe d’écoliers expulser une femme d’un tramway en marche après qu’elle les eut sermonnés pour avoir rudoyé un vieux monsieur juif aux cheveux gris. En la poussant par la porte, ils l’avaient traitée d’inculte, arguant qu’il était scientifiquement prouvé que les Juifs sentaient mauvais, comme on le leur avait appris à l’école. » (page 285)

J’ai vraiment aimé tous ces détails, tout ce ressenti chez le peuple allemand face à la montée du nazisme : voir d’un côté, les partisans de la politique d’Hitler et de l’autre, ceux qui y étaient opposés mais n’osaient rien dire de peur de tout perdre mais qui agissaient néanmoins dans l’ombre afin de « déculpabiliser » un peu pour leur indifférence publique.
Ici, tous les détails de la guerre ont été montrés : l’enrôlement obligatoire des soldats, le retour des blessés, la résistance qui s’organisait comme elle pouvait pour aider les Juifs à quitter la Terre allemande, le sort qui était réservé à ceux qui se faisaient prendre et surtout la réaction de la plupart des allemands après la guerre qui voulaient à tout prix oublier plutôt que d’assumer leur responsabilité dans ce qui s’était passé.
Historiquement parlant, ce livre est une petite pépite qui se lit facilement et dans lequel on est indéniablement plongé, constatant encore une fois l’horreur de cette triste période de l’Histoire.

En ce qui concerne l’intrigue en elle-même (sans évoquer le fond historique que je sépare bien dans ce billet), je n’ai pas vraiment adhéré et je me suis vraiment ennuyée. Pour tout dire, il ne se passe pas grand chose, à part des potins de villages : « Machin a dit ceci, Truc a fait cela, et tu te rends compte, bidule a péché avant le mariage ! »
Cependant, quand l’histoire s’attachait à Trudi, j’ai été touchée, je dois l’admettre. Cette petite bonne femme d’un courage incroyable n’a pas eu une vie facile, encore cette bêtise humaine qui ressurgit dans les remarques des gens, dans leurs comportements face à la différence.

« Trudi était étonnée de voir que mille raisons, autre que la taille, pouvaient faire de vous un paria : votre religion, vos origines, vos opinions. Vous étiez à la merci des rumeurs colportées par vos ennemis, et vos amis pouvaient, sans le vouloir, vous anéantir en rapportant l’un de vos propos. » (page 305)

Côté personnages, difficile de vous parler de l’un d’eux en particulier quand c’est tout un village qui est mis en avant dans un roman. Il y a une profusion de personnages qui fait qu’à partir d’un moment, on ne s’y retrouve plus : qui est marié à qui, qui est le fils, la fille, le neveu de qui… Bref, tout cela devient une grande pataugeoire dans laquelle le lecteur aura du mal à faire le tri et surtout à s’attacher à l’un d’eux en particulier.
À part peut-être les deux personnages centraux de ce roman, les deux Montag, père et fille. Le père, Léo, est quelqu’un d’exceptionnel, un père, un mari comme il devrait il y en avoir partout !
Il prend soin de sa femme, Gertrud, qui est complètement folle et finit d’ailleurs à l’asile. Cette patience m’a vraiment touchée car en y réfléchissant, on en revient à soi et à se poser cette question : « et si j’étais dans sa situation, aurais-je pu tenir jusqu’au bout ? Ou serais-je partie comme une lâche ne pouvait tolérer une telle situation ? »
Vis-à-vis de Trudi, il est un père exemplaire qui a réussi à élever sa fille, seul, en lui inculquant les bonnes valeurs et on essayait d’adoucir la vie de sa fille, notamment avec les autres à l’école – Dieu sait que les enfants peuvent être cruels entre eux -, faire en sorte qu’elle se sente pleinement elle-même, même dans sa différence.
Trudi, quant à elle, est un personnage très émouvant dans lequel je me suis un peu retrouvée à certains moments. Pas facile de vivre sa différence quand on est enfant, encore plus quand on est ado, de tout faire pour être « comme les autres ». Les commentaires des adultes autour d’elle étaient aussi cruels, eux qui pensaient que cette dernière n’était pas au courant : « Mange ta soupe ou tu deviendras comme Trudi Montag ». Un sacré bout de jeune femme qui n’a pas hésité, avec son père, de mettre sa vie en danger pour tenter de venir en aide aux Juifs.
Une sacré bout de femme courageuse qui passe son temps à raconter des histoires, à mettre en scène les gens autour d’elles qui venaient sans complexe lui confier leurs secrets les plus intimes.
J’ai bien aimé aussi son histoire avec Max, tous les passages du livre s’y rapportant ont été vraiment d’excellents moments de lecture pour moi… une histoire qui m’a d’ailleurs bouleversée.

Concernant le style de l’auteur, c’est sans doute ici que je serai la plus dure car je n’ai vraiment pas adhéré du tout. Des passages que j’ai cité, vous direz sans doute qu’ils sont magnifiquement écrits et je suis d’accord mais… des descriptions, des descriptions, des descriptions et encore des descriptions : je n’en pouvais plus. Des descriptions de comment est habillé tel ou tel personne, sur le tableau dans tel ou tel magasin, bref sur tout et n’importe quoi ! Trop de descriptions tue la description, voilà comment résumer le style. Et voilà pourquoi je me suis tant ennuyée.
Il y a trop de longueurs – je dirais même lourdeurs – au niveau du style qui cassent le rythme et font que le lecteur aura indubitablement envie de passer certaines pages (j’ai failli le faire plus d’une fois).

En conclusion, c’est un bilan mitigé que je vous offre ici. Même si j’ai aimé ce fond historique vraiment complet et détaillé, l’histoire est assez banale, faite uniquement de ragots et m’a ennuyée aussi bien sur l’intrigue que sur le style. Je le recommande cependant à tous les férus d’histoire, en particulier des années noires de l’Europe que sont les années 1930 à 1945.

Note finale : 7.1/10

  • Fond Historique : 10/10 (un roman excellent historiquement parlant)
  • Trame/Intrigue : 6/10 (une trame où il ne se passe pas vraiment quelque chose, juste des ragots)
  • Personnages : 7.5/10 (une profusion de personnages dans lequel le lecteur peut se perdre mais les deux personnages principaux sont réellement bien construits et on s’y attache facilement)
  • Écriture : 5/10 (des descriptions lourdes, tout ce que je déteste)

Je remercie les Éditions du Livre de Poche de m’avoir permis de découvrir ce roman qui est proposé dans le cadre du Prix des lecteurs 2010 (littérature).

Les avis de Heclea et de Fée Bourbonnaise.


Trudi, la naine
de Ursula Hegi (VO : Stones from the river)
Aux Éditions Galaade pour la première édition française, 2007
aux Éditions Le Livre de Poche, 2010
730 pages en format poche

Commentaires

  1. J'ai honte. Je ne l'ai pas encore fini. Moins d'une centaine de pages à l'heure actuelle. Ma "critique" sera en ligne demain soir ou mardi dans la journée. Si mon avis général semble s'approcher du tien, il ne fait aucun doute que mon billet sera plus court. 7 mars 2010 18:08

  2. On est mitigées toutes les deux ! Comme toi j'ai vraiment aimé la trame historique, mais je suis restée détachée de tout le reste et même de Trudi... En tout cas je suis contente de l'avoir lu ! 7 mars 2010 18:20

  3. Plus autant motivée pour le lire celui-la ! Bon pas grave c'est toujours un de moins dans ma LAL ! 8 mars 2010 08:51

  4. Pfiooou, après lecture de ton avis et des passages cités, il me semble plus "dur" que je ne le pensais.
    Je l'avais ajouté à ma LAL, et je ne sais pas si je le lirai finalement.
    Le nazisme est un sujet hautement douloureux pour moi (sans passé familial pour autant). 8 mars 2010 11:05

  5. Déjà que l'avis d'Heclea ne m'avait pas inspirée alors là, je laisse ce titre de côté. 8 mars 2010 22:48

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