Un couple ordinaire

« Je crois bien que je me suis mariée pour ne contrarier personne. Nous nous apprêtions à vivre ensemble, porter un anneau ou pas, quelle différence ? » (page 45)

Quatrième de couverture.

Elle : elle confond l’amour et le pouvoir, le couple et la hiérarchie ; sa beauté n’y change rien : faire l’amour avec elle est devenu un supplice… Lui : à force de compromis quotidiens, et toujours à sens unique, il s’est comme vidé de lui-même ; le seul soleil de sa vie, c’est sa petite fille… La menace d’en être séparé le maintient muselé, enchaîné. La grâce d’une lecture lui ouvre enfin les yeux, le guide, le bouleverse : il entre en dissidence. Avec un humour grinçant, Isabelle Minière dessine le portrait incisif d’un couple bancal, où le pouvoir tient lieu d’amour ; elle dépeint le désarroi d’un homme qui, à la moindre rébellion, se voit accusé de machisme ; elle montre comment la lecture d’un livre peut changer la vie – et, ce faisant, rend hommage à Plutarque.

Mon avis.

Dès les premières pages, j’ai immédiatement accroché au récit de Benjamin ! Pourtant, c’était pas gagné d’avance… Se mettre dans la peau et essayer de comprendre un homme délaissé par sa femme, ce n’est pas courant pour moi !

Benjamin est malheureux dans son couple, il a l’impression d’être vide et que quoiqu’il fasse, Dame Béatrice ne sera jamais satisfaite.
On comprend bien vite la détresse de Benjamin tellement Béatrice devient agaçante, insupportable au long de l’histoire… voire carrément inbuvable à la fin. Et en même temps, une petite voix dans ma tête qui me dit : « Et si moi aussi, j’étais une Béatrice en puissance dans mon couple ? »
Alors, là, on panique un peu et on se dit, non ce n’est pas possible et pourtant…
Je pense qu’il est facile de se retrouver dans le portrait décrit de Béatrice, même si ici, l’on est clairement dans la démesure totale. Des petites choses de la vie quotidienne que l’on fait sans sans rendre compte qui font qu’on ne facilite pas toujours la vie de nos hommes !

Cependant, Benjamin n’est pas parfait non plus et on voit directement qu’elle est son problème : il a peur de dire non à Béatrice, peur de lui déplaire… et pour éviter les conflits (car pour la petite Marion, son amour de fille, il ne veut aucune contrariété), il accepte tout.

Dès lors, au final, difficile de prendre parti pour l’un ou l’autre : dans un couple, chacun est responsable du laisser-aller, de ce qui ne va pas… Après tout, on est à deux, il faut assumer à deux les responsabilités liées à un échec du couple !
Béatrice va beaucoup trop loin mais en même temps, si Benjamin avait pris le taureau par les cornes et lui avait mis des limites dès le départ, elle n’aurait sans doute pas été si loin dans le côté « enfant pourrie gâtée insupportable et égoïste ».

De plus, j’ai été choquée à la fin du livre (pourtant écrit en 2005), par les prétendues affirmations de Béatrice concernant les conditions qui régissent le droit au divorce.
Le divorce dont il est question dans le livre est le « divorce en raison de la rupture du lien conjugal » qui s’apparente fortement à notre ancien « divorce pour séparation de fait de plus de 2 ans en droit belge (avant c’était 5 ans en Belgique, 6 pour la France). Il semblerait que la Loi Belge soit moins dure que la France quant au délai envisagé !
Surtout que depuis 2007, les procédures ont encore été facilitées. On a supprimé le divorce pour faute et le divorce pour séparation de fait pour ne retenir que le divorce pour désunion irrémédiable (en plus du célèbre et toujours d’actualité divorce par consentement mutuel).

Pendant la période de séparation où les époux sont sensés réfléchir au devenir de leur couple, des mesures provisoires sont prévues dans le Code Civil (article 223) au niveau des biens et des enfants : prévoir l’hébergement, la contribution alimentaire,…
À ce stade, il n’est pas question de savoir qui est responsable de la séparation mais juste de constater qu’il y a une mésentente au sein du couple et que des mesures urgentes et provisoires doivent être prises pour encadrer au moins la séparation, notamment et surtout au niveau des enfants pour éviter que l’un des époux, blessé par la séparation, ne se venge sur son conjoint en l’empêchant de voir ses enfants par exemple comme c’est le cas justement ici !
Dès lors, je ne peux comprendre les propos de Béatrice qui précise que si Benjamin quitte le domicile conjugal, il « aggrave son cas » vu qu’il y a abandon de famille et qu’elle l’interdira de voir sa fille pendant ces deux années ! J’ai failli tomber de mon canapé en lisant ça tellement j’ai trouvé que c’était du n’importe quoi ! Qu’il vienne me consulter ce Benjamin, je les lui dirai, moi, ses droits !
Pourquoi interdirait-on à un père de voir son enfant et en même temps, un enfant de voir son père ? En faisant ça, il me semble qu’on punit plus l’enfant que le parent qui a quitté le domicile, non pas parce qu’il n’aimait pas son enfant, mais parce que la situation familiale était devenue invivable !
Bon Dieu, c’est l’intérêt de l’enfant qui prime dans les décisions d’hébergement, les désidératas des parents n’interviennent pas dans la décision du juge, encore moins s’ils sont fondés sur la vengeance ou le chantage !

Je n’imagine même pas que Benjamin puisse réellement être coincé avec Béatrice si elle refuse de divorcer, qu’il se force à rester dans ce pseudo mariage sous la menace de ne plus voir sa fille.
Je ne doute pas qu’un pays comme la France se soit doté également d’un système de mesures provisoires applicables en cas de séparation d’un couple…
Il convient dès lors de prendre les propos tenus par Béatrice avec une grande circonspection.

Niveau style de l’écriture, c’est fluide, c’est frais, c’est simple et ça se lit très vite. De plus, l’auteur est bourrée d’humeur et elle en semble un peu partout dans le récit, à travers Benjamin : un vrai délice ! Des petits jeux de mots subtils et drôles, j’en redemande !

« – On fait la paix, souris-moi, mon petit lapin. J’ai l’air d’un lapin ? Peut-être bien. Si je dois passer à la casserole… (page 100)
(…) J’éteins la lumière et j’étreins l’oreiller, (…) J’imagine… Je rêvasse. Et je prie le ciel : que le sommeil me prenne avant la casserole. » (page 104)

En conclusion, vous l’aurez compris, j’ai passé un agréable moment en lisant Un couple ordinaire que je vous recommande chaudement !
Une petite remise en question de soi, de son couple tout en humour ! Un vrai moment de détente garanti !

Je regrette cependant une seule chose : le petit quizz en fin de récit pour « évaluer l’état de son couple ». Les choix proposés ne sont vraiment pas représentatifs et c’est vraiment noir ou blanc, sans nuance. De plus, au vu des résultats, quoi que vous répondiez, quelle que soit votre majorité, votre couple est voué à l’échec ! Pas très réjouissant ni très crédible selon moi.

Note finale : 8.3/10 (Personnages : 7/10 ; Histoire : 8/10 et Écriture : 10/10)

Je remercie tout particulièrement les Éditions Le Livre de Poche de m’avoir permis de découvrir ce livre et cet auteur ( je ne manquerai pas de m’intéresser à ses autres livres ;).

Un passage qui m’a particulièrement plu :

« Savoir dire non, c’est accepter de déplaire. Bien souvent, on dit oui pour ne pas déplaire. On ne fait pas appel à sa raison, mais à la crainte d’être mal jugé. On ne se demande pas si le service que l’on réclame se justifie ; on se demande si on sera mal vu en cas de refus. (…) Dire non par peur de déplaire, non seulement ce n’est pas raisonnable, mais en plus c’est peine perdue : tu finiras quand même par être mal jugé : on te prendra pour quelqu’un qui manque de personnalité… ou pour un larbin. Dans les deux cas, tu souffriras. » (pages 80 et 81)

Un couple ordinaire de Isabelle Minière
Le Livre de Poche, 2007
185 pages.

Commentaires

  1. Il a l'air très bien, je note, merci Jess! ;-) 16 décembre 2009 01:33

  2. J'aime beaucoup la couverture. 16 décembre 2009 11:45

  3. Un petit tag à ton attention s'est arrêté chez moi, si ça te dit^^ 18 décembre 2009 22:49

  4. J'ai adoré ! mon billet la semaine prochaine :) 19 décembre 2009 19:32

  5. En tout cas, il t'a inspiré dis donc ;-) 22 décembre 2009 21:36

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