Le Jeu de l’Ange

« Un écrivain n’oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d’argent ou quelques éloges en échange d’une histoire. Il n’oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu’il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr, vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix. » (page 11).

L’histoire.

Après avoir perdu son père alors qu’il était encore un enfant, David Martin rencontre Don Pedro Vidal, un riche notable de Barcelone, qui va lui ouvrir les portes d’un journal, La Voz de la Industria, où il va faire ses premiers pas en tant qu’écrivain en publiant un roman feuilleton, « La Ville des maudits ».
Malgré le succès, les jalousies de ses collègues de travail lui font perdre son travail. Là, il rencontre deux éditeurs, Barrido et Escobillas, pour qui il écrit un second roman feuilleton à succès sous un alias.
Percevant des revenus confortables, David décide de s’installer dans la « maison de la tour » dans laquelle un certain Diego Marlasca avait vécu auparavant : on raconte de Marlasca que, vers la fin, il était devenu fou !
Entre temps, David rencontre un éditeur parisien, Andreas Corelli, qui lui propose 100.000 francs pour écrire un roman qui parlerait de religion sous la forme d’un conte pour les hommes.
David finit par accepter sa proposition mais il en ignore encore le prix…

Mon avis. (attention, SPOILERS inside !)

Ce roman est le second de Carlos Ruiz Zafon ayant pour thème le Cimetière des Livres oubliés.
Après avoir adoré la lecture de l’Ombre du Vent, c’est avec grand plaisir que je me suis replongée dans l’univers de cet écrivain qui bénéficie depuis peu d’une place priviliégée au Panthéon de mes auteurs préférés !

Comme je m’y attendais, j’ai été un poil déçue par le roman… Il faut dire que faire mieux que l’Ombre du Vent me paraissait difficile, voire impossible.

L’intrigue est excellente, pleine de suspense, avec son lot de fantastique. Mais, la sauce prend moins vite et avec moins de saveur que pour l’Ombre du Vent. Pourquoi ?
Pour moi, c’est en grande partie en raison du narrateur, David Martin.

Tout comme Daniel, David a eu une triste enfance, vraiment difficile. Cependant, contrairement à Daniel Sempere que l’on l’apprécie de plus en plus à mesure qu’il se construit dans la vie, qu’il devient adulte, le ressenti à différent pour David qui paraît moins humain, moins charismatique.
On vivait vraiment l’histoire à travers les écrits, les yeux de Daniel. Par contre, je suis toujours restée extérieure à David.
C’est sans doute pour cette raison que j’ai beaucoup moins accroché à l’histoire, que je me suis beaucoup moins attachée au narrateur.

À part mes petits différents avec David, j’ai beaucoup apprécié la fraîcheur de certains personnages comme Isabella. Elle apporte un vrai vent de folie, un peu de légèreté et de soleil dans une histoire très sombre.
Les personnages sont plus noirs que ceux du premier roman et beaucoup moins sympathiques !
J’ai également beaucoup aimé l’histoire d’amour entre Cristina et David… Même si les deux amants maudits sont loin de l’autre, distants, on ressent tout l’amour et la sincèrité qui les lient. Leur histoire d’amour, même si elle se termine de manière tragique, est magnifique.

Enfin, le personnage de Andreas Corelli, « le patron » comme l’appelle David, reste bien mystérieux et fait peur. On ne sait pas ce qu’il représente : le Bien ? le Mal ? Que cherche-t-il en demandant la rédaction de cet étrange manuscrit à David ?
L’enquête que commence à mener David pour comprendre qui il est, ce qu’il cherche m’a beaucoup intéressée mais au final, cette enquête se mélange avec celle sur la disparition de Diego Marlasca… Tout se mélange dans la tête du lecteur qui ne comprend plus bien qui est le méchant… tout se brouille, même aux yeux de David !

Ce que j’ai le plus apprécié dans cette histoire, c’est les liens constants faits avec la librairie Sempere et Fils du premier tome. Ici, c’est le grand-père de Daniel qui est derrière le comptoir ! On découvre la « jeunesse » de Sempere (le père) et surtout comment il a rencontré la maman de Daniel.
Voilà les éléments touchants du livre, cette famille au coeur en or dont on vit chaque évènement, qu’il soit triste ou heureux, avec eux : la mort de sempere père et la lettre qu’envoie Sempere (le papa de Daniel^^) à David à la fin du roman.
Pendant tout le livre, je me suis demandée si Zafon avait fait le choix de ne pas nous divulguer le nom du papa de Daniel… qu’il appelle simplement Sempere, tout comme le grand-père d’ailleurs, Sempere senior !

J’ajouterai enfin concernant la trame de l’histoire, la vie de David, qu’elle est bien trop « supernaturelle », bien trop « fantastique » à mon goût. Doucement, on sombre dans le roman de la réalité à la fiction pure. C’est quelque chose qui me dérange vraiment quand je suis dans une lecture « réaliste ». J’emploie le terme « réaliste » ici dans le sens où le roman se situe dans la Barcelone dans années 20, certes dans le passé mais profondément ancrée dans notre réalité, où la fin telle que présentée par Zafon est un non-sens.
Cet aspect me dérangeait moins dans l’Ombre du Vent où l’univers fantastique est également présent mais sous forme de légendes, de rumeurs et de craintes qui peuvent avoir les enfants et les adolescents, notamment concernant le fait qu’une demeure inhabitée pendant très longtemps soit hantée.

Niveau style, rien à redire, l’écriture est encore une fois remarquable, mis à part certaines longueurs dans des descriptions inutiles qui m’ont parfois fait lâcher le fil de ma lecture.
Un grand bravo également pour la première de couverture des Éditions Robert Laffont qui est une vraie réussite.

En conclusion, je dirai que j’ai bien aimé ce roman, bien qu’un peu déçue.
Je donnerai la note de 8/10 (Écriture : 8.5/10 (trop de longueurs) ; Trame principale : 7/10 ; Profondeur des personnages : 7/10 + un petit bonus pour la couverture ^^).

Je remercie le site Blog’O’Book et les Éditions Robert Laffont de m’avoir permis de découvrir ce roman.

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Le Jeu de l’Ange de Carlos Ruiz Zafon
Éditions Robert Laffont, 2009
537 pages
Site du livre : Le Jeu de l’Ange

Commentaires

  1. J'ai moins aimé que L'ombre du vent mais davantage que la plupart des lecteurs je pense!! Mon billet devrait paraître je ne sais plus trop quand... mais bientôt! J'ai beaucoup aimé le personnage d'Isabella également! 8 septembre 2009 23:42

  2. J'ai pour ma part également beaucoup apprécié et j'ai été étonnée des avis souvent négatifs des autres lecteurs. Ca me fait plaisir que toi aussi tu apprécies, je me sens moins seule :-) Mais il faut dire que je n'ai pas (encore) lu "L'ombre du vent" ... 9 septembre 2009 16:09

  3. @ Karine : j'ai hâte de voir ton avis ;) !

    @ Petite fleur : Je te souhaite de découvrir l'Ombre du Vent avec les mêmes frissons que ceux que j'ai ressenti en le lisant ;) 9 septembre 2009 16:26

  4. Je ne connais pas du tout mais j'aime bien la couverture... 10 septembre 2009 07:52

  5. Vous aussi, vous avez eu du mal avec le personnage de David Martín?

    Je suis en train de l'achever (à coups de hache, on n'est jamais trop prudent). Mon billet sur ce roman devrait suivre bientôt sur mon blog. 10 septembre 2009 15:07

  6. @ Daniel : impatiente de découvrir ton avis sur le livre ! Quand je lis les avis des autres, c'est assez mitigé.
    Je n'ai jamais réussi à être proche de David comme j'ai pu l'être de Daniel dans "L'Ombre du Vent" et le livre m'a laissé une impression bizarre quand j'ai tourné la dernière page. Ceci dit, je pense qu'il était impossible pour Zafon de faire mieux que son précédent livre qui était parfait ! 10 septembre 2009 15:38

  7. Le voilà donc, dans tous les détails...:

    http://fattorius.over-blog.com/article-36035458.html

    Bien du plaisir! Les premières impressions se sont cristallisées pour moi autour de la page 150. Après, la lecture fut plutôt longue... A présent, je suis dans un livre de chick lit pour le défi des Harlequinades; c'est donc beaucoup plus léger.

    Bonne journée à toi! 14 septembre 2009 10:21

  8. Je fais partie de ces gens qui ont un avis mitigé sur ce livre. J'ai été déçue. Après avoir dévoré et adoré "L'ombre du Vent" mais y ayant trouvé quelques failles, j'espérais que celui-là soit aussi bien.

    Ce fut, cependant, un plaisir de retrouver le cimetière des livres oubliés et la librairie Sempere&fils. Mais je n'ai pas retrouver la plume acerbe de l'auteur et ai trouvé l'histoire trop surnaturelle voire compliquée.

    Qui plus est, trop de ressemblances avec "L'ombre du vent" alors que ce n'est ni la suite, ni le prédecesseur de l'histoire qui y était contée.(lu dans une interview de l'auteur) 5 février 2010 12:56

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